LEURRES SOUPLES : DU BASS AU BAR


INTRODUCTION
   Anguillons, raglous, shads, peau d’anguilles et compagnie…nous en possédons tous au moins quelques exemplaire dans notre boite à pêche, noyés au milieu de dizaine d’autres leurres, plus ou moins efficaces, plus ou moins utilisés. Que penser alors de la cannibalisation progressive des linéaires de nos chers (dans tous les sens du terme) détaillants par de nouveaux leurres souples aux noms parfois un peu scabreux ?

1) LEURRES SOUPLES : UNE REVOLUTION…COMMERCIALE ???
Après la première révolution LS datant des années 80 avec l’apparition des virgules et shads (les fameux « twist » si chers aux pêcheurs de sandres), on surfe actuellement sur une nouvelle vague, non pas façon Godard, mais plutôt façon Oncle Sam !!!
OFFSHORE ANGLER, BASS ASSASSIN, STORM, DOA, ZOOM, MAD MAN, LUNKER CITY, YUM et autres sans oublier les japonais YAMAMOTO, MEGABASS et consorts : va falloir s’y faire, ce sont des noms que l’on va être amené à croiser de plus en plus souvent. La mode est au produit marketé, et le leurre souple n’y déroge pas.

Mais pourquoi une telle explosion commerciale et surtout pourquoi pour le bar ?
Trois explications :
  • ça prend du poisson
  • complément parfait des leurres durs
  • un créneau commercial à saisir pour les importateurs avec des produits très vendeurs (en langage pêcheur, ça donne « du fric à se faire »)
Pour mieux comprendre, revenons un peu en arrière.
  • 1880 : introduction du black bass en France
  • 1945 : le black est présent dans une trentaine de départements français avec de très gros spécimens. Apparition des premiers leurres US débarqués fraîchement avec les G.Is.
  • 1980 : premiers LS type virgule ou shad avec de gros cartons sur les carnassiers d’eau douce
  • 1990 : chaînes câblées. Le grand public découvre Walker’s Kay et ses chroniques, mais surtout de nouvelles façons de pêcher pour nous les Froggys (bait casting, leurres de surface, leurres souples de toutes les formes, de toutes les couleurs...)
  • Mequinenza en Espagne, acquiert ses lettres de noblesse grâce à ses populations de silures mais aussi et surtout à travers ses populations de black
  • Le Caspe Bass Tournament devient l’évènement mondial de l’année pour tous les pêcheurs de bass, et plus généralement pour tous les pêcheurs aux leurres en eau douce. Ce tournoi de pêche de bass aux leurres fait se déplacer les meilleurs pêcheurs US, japonais ou brésiliens. C’est Kévin Van Dam qui l’a emporté cette année (c’est le pêcheur professionnel qui a remporté le plus de tournois au monde : ses gains en tournoi s’élèvent à plusieurs millions de dollars !!!). Notons que Seiji Kato et Hiroshi Takahashi (créateur des leurres Jackall et donc Illex pour le premier, et distributeur de ces leurres en France via Sensas pour l’autre), ont brillamment fini seconds. Il faut savoir que des événements comme ce dernier sont régulièrement diffusés en direct aux US avec des audiences parfois supérieures aux matchs de foot US ! Il faut dire qu’avec plus de 40 millions de pêcheurs, il y a de quoi faire...

    Kévin Van Dam en pleine préparation
  • 1995 : apparition des premiers leurres durs nouvelle génération (billes bruiteuses, transfert de masse, profondeurs de nages préprogrammées...)
Mais pourquoi un tel historique sur le black bass ?

Simplement parce que cela permet de mieux comprendre le boost actuel sur les leurres souples. On découvre petit à petit, à travers la pêche du black bass, toutes les possibilités offertes par les leurres souples. D’abord transposés sur le brochet et le sandre, les LS nouvelle génération ont petit à petit gagné le milieu salé. Pourquoi le bar, cousin direct du bass et ayant bien souvent le même comportement, n’apprécierait-il pas les mêmes leurres ??? L’expérience s’était déjà montrée concluante avec les leurres durs (jerkbaits, pencils etc.) alors pourquoi pas...
Et là ce fut le déclic, les LS à black prennent bel et bien du bar et ça cartonne !!! L’association LS et montages US ouvre de nouvelles voies aux pêcheurs de bar : pêcher en surface dans 10 cm d’eau, au milieu des laminaires, par 10 mètres de fond, faire passer son leurre au milieu des cailloux etc. devient facile et permet d’exploiter de nouveaux secteurs, inaccessibles auparavant.
En fait, le gros avantage de cette nouvelle génération de leurres par rapport aux bons vieux raglous et autres, c’est qu’ils sont faits pour être lancés et travaillés (parfois même sans lest) et non plus lancés et ramenées. Ils combinent les avantages des leurres souples traditionnels et des leurres durs modernes :
  • facilité d’emploi,
  • technicité des produits (pas un simple bout de plastique),
  • un choix énorme,
  • des montages adaptés et adaptables à toutes les situations,
  • prospections de TOUTES les zones de pêche etc.
Pour ce qui est du prix, même si la technicité du produit s’est largement accrue, avouons quand même, que nous payons un peu (beaucoup ???) le marketing et le battage médiatique fait autour de ces produits. Malgré cela, le coût unitaire moyen de ces produits reste plus qu’abordable comparé à celui des leurres en dur. Chaque pêcheur peut ainsi se créer une boite à pêche suffisamment garnie permettant de faire face à toutes les situations, mais aussi et surtout de renouveler son stock régulièrement. N’oublions pas que le LS est avant tout un consommable qui s’abîme avec le temps et les coups de gueule des poissons.

2) LEURRES SOUPLES : UNE REVOLUTION…CULTURELLE ???
On peut classer les leurres souples en plusieurs catégories (encore des noms US !!!) :
  • Les jerkbaits et shad, imitations de poissons,
  • Les worms, imitations de vers,
  • Les tubes, leurres (souvent creux) imitations de céphalopodes,
  • Les craws, imitations d’écrevisses ou crustacés,
  • Les lizards, imitations de batraciens,
  • Les grubs, leurres non imitatifs mais à fortes vibrations produites par des stries verticales et une queue, type virgules.
On imagine de suite toutes les possibilités offertes par ces différentes formes de leurres...

Techniquement, ces nouveaux LS sont très aboutis.
  • Nouvelles textures : solides tout en gardant une souplesse remarquable. Imprégnation de sel pour les alourdir et pouvoir les lancer sans lest. Certains peuvent être coulants, d’autres flottants.
  • Nouvelles nages : la forme des leurres et leurs découpes permettent de travailler les LS comme des leurres durs, avec de nombreuses vibrations (« courtes » provoquées par les micros rainures et « larges » par le maniement et l’ondulation). Les LS envoient des ondes très proches de celles émises par les proies naturelles.
  • Rattlin : comme pour les leurres en dur, certains LS adoptent maintenant le principe de la chambre bruiteuse. Ces petites chambres existent même en pièces détachées à insérer dans les leurres, à des prix très intéressants. Attention : un des avantages du LS, est parfois justement sa discrétion : ne rajoutez ces chambres bruiteuses que dans certaines conditions précises (pêche profonde, eau teintée, eau froide…). Sinon, autant utiliser un leurre dur.
Les jerkbaits.

Imitations plus ou moins réalistes, plus ou moins incitatives, de petit poisson fourrage, ce sont les LS les plus utilisés. Ils peuvent être utilisés plombés ou non. La caractéristique principale de ces leurres est qu'ils sont pensés pour être utilisé "par tractions". Jerk en anglais signifie précisément traction. Avec un montage carolina, les jerkbaits s’utilisent principalement en stop-and-go ou en twitching, le montage le plus utilisé étant le montage tête plombée (jig head), permettant d’explorer différentes couches d’eau. Ils peuvent être allégrement utilisés les jours de beaux temps où le bar est assez difficile et réagit mal aux leurres durs et sur les zones où le poisson est activement pêché.

Les worms.

En forme de vers. Parfois de couleurs fantaisistes, ce type de leurre prend aussi bien de par sa forme et nage que de par sa couleur. Certains, lestés par du sel se lancent très bien sans aucune plombée et vont travailler merveilleusement en walking the dog. Couplés à un montage texan ou carolina, ce sont les leurres à utiliser en premier lieu pour les prospections à fond et/ou les jours où les poissons sont calés (chute des températures par exemple). Les versions flottantes sont à utiliser en carolina et les versions neutres en texan.. Attention, la forme du leurre n’induit surtout pas une imitation stricte. Le but est de créer des ondes et vibrations proches de celle d’une proie, pas forcément de l’imiter visuellement.

Les tubes.

Bien que très peu utilisé en France, ce type de leurre est très prenant sur les zones à forts courant, au moment où les chipirons, seiches et calamars sont bien présents. Le corps du leurre, souvent creux, va créer des turbulences qui vont faire nager la jupe du leurre. A manier près du fond avec des montages carolina ou des hameçons pré-plombés spécifiquement pour les tubes (très dur à trouver en France).

Les craws.

Imitations d’écrevisses au départ, on peut aujourd’hui parler de crustacés en général. Plutôt imitatifs, ce type de leurre était plutôt destiné à l’eau douce au départ, mais de plus en plus de leurres spécifiques mer font leur apparition aux US et ouvrent de nouvelles perspectives pour le pêcheur de bar (ou autres carnassiers marins). Ne doutons pas qu’ils sauront conquérir le marché européen dans quelque temps.



Les grubs.

C’est le type même du leurre souple le plus connu à ce jour en France : la virgule. Mais une virgule qui a beaucoup évolué. Les grubs présentent une (voire deux) grande caudale qui provoquera des vibrations très fortes (faire venir le poisson de loin) et des stries latérales provocant des vibrations de faible amplitude (cibler l’attaque sur le leurre). A utiliser surtout avec des jig heads ou en texan.

Les lizards.

Imitation de batraciens, ils sont utilisés dans le cadre de la pêche du bass. Personnellement, je ne connais personne utilisant ces leurres en mer.

3) LEURRES SOUPLES : UNE REVOLUTION…TECHNIQUE ???
L’utilisation de ces nouveaux LS passe inévitablement par l’utilisation de montages et outils adaptés au type de pêche que l’on va pratiquer et de poissons que l’on va rechercher.

Les hameçons

On utilisera plus particulièrement les hameçons dits texan (la pointe de l’hameçon est cachée dans le leurre). En effet, ce type d’hameçon est particulièrement adapté à la pêche du bar dans les endroits encombrés. De plus, il permet au leurre de garder sa souplesse car il ne le traverse pas. La forme de ces hameçons fait que la traction se fait directement dans l’axe de la pointe. Donc, croyez-moi, ces hameçons piquent aussi bien que les autres et n’entraînent pas plus de décrochés, bien au contraire.
hameçon texan droit hameçon wide gap





Dans cette gamme d’hameçons, on trouve les longs à tige droite, plutôt réservés aux vers ou aux jerks assez fins, et les wide gap, courts mais à très grande ouverture, plutôt destinés aux leurres courts ou trapus (shads par exemple). Pour savoir quelle taille d’hameçons monter sur son leurre souple il faut se dire qu’un leurre de 3 inches = hameçon 3/0 4 inches = 4/0 etc….. pour en savoir plus cliquez sur le convertisseur de mesure.

Les plombs

Ils seront de quatre types : balles percées simples (plombs Texas), balles percées avec ressort (plomb Florida), chevrotines, spécifiques drop-shot. Ces derniers permettent de coincer le fil dans une petite boucle spécifique. L’avantage du plomb Florida par rapport au plomb Texas, est qu’il est solidaire du leurre, donc plus adapté au lancés appuyés (idéal pour le bar).
Notons également l’existence de plombs drop shot recouverts de caoutchouc et spécifiquement prévus pour être lancés contre les rochers et faire nager son leurre au ras des cailloux.

Les montages

Cinq grands types de montages sont utilisés généralement :
  • Texas,
  • Carolina,
  • Split shot,
  • Drop shot,
  • Jig head.
Le plus utilisé est bien évidement le montage jig head, tout simplement appelé tête plombée ou spid. Le leurre est simplement enfilé sur un hameçon plombé en tête lui-même fixé directement en bout de ligne : simple, efficace, rapide à mettre en œuvre. De nouvelles formes de têtes sont apparues dernièrement : elles n’ont plus comme seul objectif de plomber le leurre mais aussi et surtout de le faire nager grâce aux formes spécifiques qui caractérisent ces têtes. Qu’elles soient imitatives ou incitatives, ces têtes, de par leurs formes particulières vont agir comme une bavette et faire nager le leurre. A utiliser en pleine eau (risques d’accrochages élevés) et sur des leurres inférieurs à 10cm. Attention, les hameçons spid à longue tige sont à réserver aux LS de grande taille et ayant une queue mobile. Sur un LS de petite taille (10cm et moins), ils rigidifient le corps du leurre qui perd de son attrait.





Pour le montage Carolina, le plomb est placé à une certaine distance du leurre (entre 20 cm et 1 mètre ou plus). Ceci permet au leurre de se déplacer librement quand on traîne le plomb sur le fond. Ce montage stimule la vue et l'audition du bar. Le plomb, entraîné sur le fond, en frappant contre des roches, produits de petits bruits, tout comme le font les crabes. Le bar, attiré par le son, aperçoit le leurre et s’en saisie. On utilise le montage Carolina quand le bar n’est pas posté, comme sur un haut fond (gros rocher par exemple). En associant le visuel et l’auditif, le montage permet d’explorer une grande surface d’eau et de localiser le poisson rapidement. Il est aussi excellent pour pêcher dans des spots aux reliefs très changeants. Le plomb suit parfaitement la découpe du fond, tandis que le leurre évolue quant à lui, légèrement au-dessus du fond.
Très efficace mais cher en montages.
L’idéal est donc de monter le plomb sur une dizaine de centimètres d’acier gainé ou de kevlar (résistance 20 kg) et d’avoir plusieurs montages d’avance.
Ajustement de la distance du plomb : dans les secteurs rocheux, 25 à 60 cm. Dans des eaux avec des algues type laminaires, 1 à 1.20 mètres pour permettre au leurre d’évoluer librement juste à la surface de ces algues comme pourrait le faire un petit poisson. Dans ce cas de figure, le leurre qui donne les meilleurs résultats est le jerkbait. Sinon on utilise un montage long quand le bar est inactif. Plus le montage sera court, plus le leurre aura une nage serrée ; plus le montage sera long, plus la nage du leurre sera ample.
Pour ce genre de pêche, il vaut mieux utiliser des hameçons fins de fer et des leurres à densité neutre afin de garder tout leur naturel aux leurres.

Le montage texan est quant à lui, une adaptation du carolina (ou l’inverse) mais avec le plomb collé au leurre. Le gros avantage de ce montage est de permettre au leurre, monté sur un hameçon texan (pointe cachée), de passer partout entre les branches, dans les failles etc...
Ce montage permet également d’explorer toutes les couches d’eau en insistant sur les zones chaudes. Je préfère personnellement, les plombs Florida, qui lors de lancers un peu appuyés, tiennent mieux le leurre. Ce montage, très sensible, permet la transmission au leurre de chaque mouvement du scion et est donc particulièrement bien adapté à la pêche des postes, quand il y a besoin d’insister sur des poissons un peu apathiques.

L’inconvénient du Carolina et du Texan, est leur propension à s’accrocher. Ce problème est partiellement résolu avec le montage drop-shot. Le plomb est monté en terminal et le leurre au-dessus. En cas d’accrochage sur le fond, seul le plomb est perdu. Le leurre, fixé sur un hameçon texan ou droit, est fixé sur le bas de ligne par un nœud palomar et on laisse environ 60 cm de nylon dépasser. Un plomb drop-shot, ou moins cher, une chevrotine, est pincé sur le bas de ligne de manière à faire évoluer le leurre à la bonne profondeur (dans les zones à algues = 60cm et dans les zones rocheuses = 30cm). Le maniement, vertical, permettra de simuler un petit poisson ou ver en train de chercher à gagner le fond. Plutôt à utiliser sur les spots connus avec des poissons repérés car ne permet pas de prospecter de grandes zones. Redoutable sur les zones encombrées ou sur les secteurs à fortes variations de niveau !!!!
Pour les leurres, il vaut mieux prendre des leurres de petite taille et de forme assez fine afin de garantir une animation verticale efficace. En effet, l’animation consistera en de petits twitch, canne à 45 degrés, afin de donner de la vie au leurre. Les temps d’animation seront entrecoupés d’arrêt assez courts.

Enfin, pour finir, mon montage préféré car le plus simple, le plus rapide à mettre en œuvre mais aussi le plus adaptable : le split-shot. L’hameçon avec le leurre est fixé au bout de bas de ligne. Une chevrotine est pincée légèrement au-dessus du leurre. Au ras du leurre, cela devient un montage texan, 30 cm au-dessus un carolina pour fonds rocheux, 60 cm au-dessus et vous avez un carolina pour fond avec algues. En plus, il suffit de déplacer votre plomb de quelques centimètres pour vous adapter en quelques secondes à la nouvelle zone de pêche. Sans compter qu’il suffit parfois de quelques centimètres pour changer la nage du leurre et déclencher l’attaque du bar. Le montage le plus simple est parfois le plus efficace !!!

En conclusion, les leurres souples modernes associés à des montages spécifiques, apportent vraiment un plus pour la recherche du bar. Ils ne remplacent en rien les leurres durs mais ouvrent de nouvelles voies.
Attention simplement à ne pas tomber dans « le panneau » commercial.

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